Jean-Paul Bertrand, vous êtes le fondateur des éditions
Alphée… Pourquoi Alphée, quel est le lien avec vos activités précédentes
dans l’édition ?
Alphée est tout d’abord un mot magique… il est d’abord le dieu fleuve qui nettoya les
écuries d’Augias, dans les douze travaux d’Hercule. M’intéressant à la
mythologie, à la spiritualité, aux sciences humaines, j’ai voulu, en choisissant ce nom, manifester mon
ambition de proposer des livres qui apportent une forme de purification au niveau de l’esprit et une élévation
au niveau de la spiritualité. C’est le sens que je voulais donner à cette maison, que j’ai
créée en 1972 mais qui ne se réveille que depuis 2005.
Vous avez l’intention de vous consacrer essentiellement à la
spiritualité ?
Oui. J’ai commencé il y a plus de trente ans mon activité d’éditeur au Rocher autour de
ce domaine. Très vite, j’ai dû diversifier pour développer cette maison, alors
qu’aujourd’hui la vocation d’Alphée est de se consacrer à des
livres qui peuvent aider les autres. Lorsqu’on est éditeur on est aussi un passeur, on a une
responsabilité quant aux textes que l’on propose au public. Dans la première partie de ma vie, il a fallu que
je fasse une maison « rentable », quitte à publier des livres que je n’aimais pas
trop personnellement mais qui étaient nécessaires pour publier d’autres livres plus difficiles… ce
n’est plus le cas aujourd’hui et je voudrais publier peu de textes mais des textes qui, tous, avec une grande
ouverture d’esprit, ne reflétant pas une seule pensée, soient effectivement des textes de
réflexion, d’approfondissement, des outils de transformation, dans une perspective initiatique favorisant la
recherche personnelle.
Vous avez l’intention de ne publier que des ouvrages
associés à des valeurs qui sont vôtres…
Pas uniquement miennes, sans quoi on pourrait penser que je ne publie que des livres dans un certain courant de pensée. Je
souhaite proposer diverses approches de la spiritualité, qui pour moi est au-delà de la religion. Chaque religion
présente une facette d’une forme de pensée. La spiritualité doit présenter
de multiples facettes et tenter de rassembler et non pas de séparer. C’est tout le contraire de la croyance.
La spiritualité est fondée sur une expérimentation vécue, elle donne une
élévation d’âme à quiconque emprunte ses voies.
Quand on arrive à la dernière partie de sa vie, à la quatrième partie de sa vie dirons-nous, on
peut se consacrer à l’essentiel. N’ayant j’espère plus rien à prouver en
littérature générale, j’ai voulu revenir à mes premières amours, ce qui est
une gageure… car monter ou relancer une maison d’édition aujourd’hui dans le contexte
difficile que traverse ce métier n’est pas simple ! En me consacrant à ces thèmes
d’ordre spirituel, au fur et à mesure des manuscrits que nous rencontrerons, j’espère
montrer la convergence de ces thèmes et l’intérêt des pensées
initiatiques qu’il nous est proposé de connaître et d’utiliser pour nous transcender.
Avant de mourir nous avons un parcours à faire, que l’on peut aider par des textes. Je ne suis
évidemment pas le seul à le faire, mais si je peux y contribuer en ne me consacrant qu’à cela,
j’aurai rempli, je pense, la dernière partie de ma vie.
Dans les années 1980 vous avez publié de nombreux ouvrages
de fond sur tous ces sujets aux éditions du Rocher. Pensez-vous qu’il y ait toujours une place pour ces sujets
dans l’édition, un réel intérêt du public… ou la situation
a-t-elle complètement changé ?
Il y a beaucoup d’ouvrages de qualité à rééditer. J’ai moi-même
laissé de côté au Rocher des ouvrages qui ne s’étaient pas très bien vendus
ou qui étaient peut-être publiés trop tôt. Il se trouve aussi que la nouvelle direction du Rocher
ne souhaite pas poursuivre dans ces domaines, et je vais donc pouvoir reprendre, ce qui est une très bonne chose, tous ces titres
anciens, lorsque les auteurs voudront bien me faire confiance.
Sur le fond, je pense que fondamentalement l’intérêt du public n’a pas
changé. Il y a toujours un public plus important qu’on ne le croit, qui s’intéresse
à tous ces mystères et s’interroge, sans forcément attendre de réponse mais en
espérant aller plus loin… Il y a des modes… le phénomène Da Vinci Code en
est une illustration, mais il a au moins le mérite d’éveiller des individus qui n’avaient
jamais envisagé les choses sous cet angle. Notre grand problème est d’être bloqués
par une « intelligentsia » qui ne supporte pas ces thèmes qui leur échappent
puisque ce ne sont pas des choses qu’ils ont apprises dans les écoles : ce sont des
éléments qui remettent en cause l’homme lui-même, qui sont jugés dangereux car
incontrôlables pour ces gens de la pensée unique, qui ont tout bloqué depuis les cinquante
dernières années. Nous étions beaucoup plus libres il y a quelques décennies… On pouvait
tout dévorer, et peu à peu faire le tri, par l’exigence sélective nécessaire.
Actuellement, soit vous faites partie d’un monde littéraire dit
« normal » soit ces thèmes sont repoussés. Situation identique dans
l’audiovisuel.
La science permet, paradoxalement, de revenir aux interrogations essentielles, quant à la place de l’homme sur
terre. Le grand danger, c’est la récupération sectaire. Mais il y a une
évolution de l’humanité, l’expression d’une quête qui fait que
nous ne pourrons pas continuer ainsi : on ne peut pas éluder la question essentielle du pourquoi de
l’homme. De grands bouleversements, dont on sait scientifiquement aujourd’hui qu’ils se sont
déjà produits dans le passé, se produiront certainement : changements magnétiques,
basculement des pôles… on en parle peu, il ne faut pas faire peur au public ! Les grands médias
cherchent plus à faire consommer qu’à informer. Tombés dans l’ère de la
quantité, nous avons à retrouver l’exigence de la qualité.
L’intérêt du grand public pour l’agriculture biologique est un exemple…
Vous avez l’intention d’être un éditeur
biologique ?
Oui, j’aime bien ce terme ! C’est aussi de la spiritualité : la terre est un être
vivant. Je reste fondamentalement optimiste pour l’être humain, persuadé que la petite
minorité agissante peut devenir contagieuse…
(Catalogue ALEF – Septembre 2006)